L’Editing

En peu de temps, nos habitudes ont complètement été changées en passant de la photo argentique à la photo numérique…
Il y eut un temps (que les plus jeunes n’ont pas connu) où les photos se faisaient sur des pellicules qu’on devait emmener à un laboratoire pour les faire développer.
Quand les photos revenaient du laboratoire, c’était toujours un moment stressant. Par exemple, une fois, il m’est arrivé d’avoir un film entièrement blanc parce que j’avais surexposé toutes mes photos. La neige de la montagne m’avait piégé…. erreur de débutant, mais très dommageable. De temps en temps, il y avait de bonnes surprises quand des photos qu’on pensait ratées s’avéraient correctes. C’était toujours un moment intéressant et excitant. Maintenant, avec le numérique, on voit tout de suite les photos qui ont été prises… Et c’est mieux parce que ça permet d’éviter les erreurs les plus flagrantes. C’est un progrès majeur.

Un autre progrès majeur est le fait de ne plus être limité par le nombre de photos d’une pellicule. Plus besoin de faire des photos avec sa pellicule super sensible (800 ISO ou ASA) en plein jour pour ne pas gâcher les 36 poses de la pellicules, avant de pouvoir ensuite passer à une pellicule couleur à 100 ISO (ou ASA). Maintenant, on peut changer instantanément la sensibilité (passer de 50 à 3200ISO d’une photo à l’autre devient possible). Et le choix de la couleur ou du noir et blanc peut se faire plus tard.
Et plus de limitation aux nombres de photos qu’on peut faire dans une journée. Les cartes d’aujourd’hui permettent d’avoir une autonomie de 1000 photos ou plus. Dans l’ancien temps, il aurait fallu une brouette de pellicules pour avoir une telle autonomie. D’ailleurs, un jour, une petite fille de 3 ou 4 ans était devant une exposition au château de Chambord: un cube transparent présentant le nombre de pellicules utilisées en une journée sur le site de Chambord. Et les parents avaient la plus grande difficulté à lui expliquer ce qu’étaient ces pellicules. Cela m’a rappelé à quel point le changement avait été rapide dans les 10 dernières années. Il faudrait d’ailleurs quantifier l’impact environnemental d’un tel changement.

En tout cas, l’impact sur nos habitudes a été flagrant: nous avons presque tous tendance à déclencher trop. Là, où avec les pellicules, il fallait économiser les prises, réfléchir et finalement ne déclencher que quand on était sûr, maintenant, il est tout à fait courant de multiplier les prises de vue et de se dire qu’on choisira plus tard. Le fait de déclencher énormément est devenu tellement normal qu’on demande souvent: « Combien de photos tu as faites? » au lieu de demander: « Tu as fait de belles photos? ». Au final, on se retrouve avec énormément de photos et un besoin de stockage important. Le stockage est assez facile à réaliser: il suffit d’acheter un gros disque dur (j’ai acheté un disque dur externe de 2To pour 80€, il y a peu) et des disques de back-up + un ou deux disques externes 2.5″ transportables facilement (pour pouvoir échanger les photos). C’est un peu d’organisation, mais c’est gérable.

Par contre, le choix dans les nombreuses photos que l’on a à sa disposition est crucial et n’est pas facile à faire. Cette étape, appelée « Editing » est pour moi la plus importante et la plus difficile. Par exemple, lors d’un WE passé à Venise, j’ai fait 740 photos. Certaines ressortent du lot. D’autres sont techniquement ratées. Mais au final, la plupart sont moyennes et n’ont que peu de différences entre elles. De plus, il y a souvent des variations de la même photo. J’ai pris 3 fois le Rialto à peu près sous le même angle.


La première a une parti droite qu’il faudra couper. Je ne compte pas garder le photographe.

Pour la deuxième, la droite de l’image a déjà été enlevée. Un bateau passe sous le pont. La perspective est classique, mais c’est correct.

Pour la troisième, la perspective est plus accentuée. Une gondole passe sous le pont.

Au final, pour un album touristique, je retiendrai soit la première en enlevant le coté droit (parce que j’aime bien les bateaux qui passe dessous), soit la troisième parce que la perspective plus accentuée me plait plus. Mais pour faire ce choix, il faut que je retouche la première et qu’ensuite je choisisse. De plus, il est tout à fait possible qu’au final je choisisse de garder le photographe sur la droite de la première photo… Une décision pourrait également être de jeter cette photo….
Bref, la prise de vue a duré au maximum 1 minute et la décision sur la photo à garder peu prendre facilement 15 fois plus de temps.

Je me retrouve actuellement avec près de 10.000 photos dans mon répertoire de photos à trier.  Cela va nécessiter un editing sérieux, rigoureux et rapide. Peut-être en choisissant les photos qui ne nécessitent pas de retouches. Bref, il va falloir faire des choix. Les programmes informatiques ne sont pas au point pour nous aider à choisir les jolies photos. Et c’est tant mieux, même si ça donne du travail.

A bientôt,

Pascal